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Lettre 18·XVII, folios : 192
Boczosel, Soffrey de, seigneur de Chastelard
M. de Gordes
Lettre non liée
Date non renseignée
Paris
Grenoble
,

Transcription

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Monseigneur, bien tost après que ie vous eus faict
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une depeche et envoyé les lettres d’evocation, ie
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receue la votre du XVIe de ce moys et feus très aise
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de l’appoinctement qu’avez faict avec monsieur d’Uriage
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et de ce que nous ne nous hastames pas fort de présenter
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voz lettres que l’homme du receveur Lyonne nous avoit
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apportées. J’espère que le capitaine Spilly sera le pourteur
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de la présente, duquel la depêche eust esté ung licenciement,
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sans les novelles que l’on a receu des levées qui se font
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au Milanois. Plusieurs me disent par ceste court
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que de grandz affaires vous tumberont sur le bras si
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la guerre avec le roy catholique se déclaire.
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Monsieur, vous scaurez bien cependant donner advis,
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non une fois seullement, de l’estat de votre gouvernement
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au roy et de ce que vous y pourrés avoir de forces
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et du peu d’ayde que le pays vous pourroit faire de
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deniers et des mauvaises places qu’y sont. Je tiens
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pour certain que si on y faict lever autres companies
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que monsieur d’Hourches en aura la charge. J’ay pris
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occasion que me sembloit bonne de soliciter les deulx
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quartiers pour les mortespayes du Daulphiné, don
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les autres ont esté payées l’année passée, attendu
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les affaires que s’y peuvent presenter, mais ie n’y ay rien
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peu advancer encor. Je vous supplie en escrire
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au roy et à Monsegneur. Je vous envoye les provisions
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desdites mortespayes, vérifiées par messieurs les trésoriers
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de l’espargne, de quoy il vous plaira les advertir
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les capitaines. Les nouvelles se sont changées puys ce
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que ie vous ay escrit du duc de Medina, car ceulx de
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la religion tiennent asseuré qu’il a perdu tous
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ses hommes et ses deniers en une charge que les
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[v°] Onestragueulx, qu’ilz appellent, luy firent sur mer,
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sans touttesfois qu’ilz se soint prevalus [barré : du but] desdits
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deniers, mais ont esté mis à fondz, ouy d’une grande
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richesse d’argent, d’espiceries et autres biens que plusieurs marchandz
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conduisoint, qui par seurté s’estoint joinctz audit duc.
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Les Onestragueulx sont les gueulx d’eau ou de mer.
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Les catholiques ne peuvent bien croire telle nouvelle
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de la perte des hommes. Tous conviennent à la
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perte des deniers. Le sieur de Janlis est arrivé avec
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la novelle en ceste cour, tousiours pour emouvoir le
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roy à se déclairer en ceste guerre s’ilz peuvent ;
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pour à quoy parvenir, ilz n’oblient invention ny artifice.
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Ilz promettent au roy sur la teste de ceulx qu’il
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voudra retenir en hostage que la plus part des villes
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de Flandres se déclaireront pour luy s’il les veut
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advouer et qu’elles voyent marcher une armée.
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Ilz disent encor qu’il y a ung très mauvais menage
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entres le duc d’Albe et celuy de Medina et que
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le duc d’Albe n’a sceu ny peu mettre trois mil
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hommes de pied ensemble, que le prince d’Orenge
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a rompu deulx mil chevaulx et quelzques
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gens de pied que l’archevêque de Cologne avoit
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levé pour le service du roy chatolique. Touttesfoiz,
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on ne pense pas qu’ilz puissent gaigner ce poinct
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sur non sur la particulière volonté du roy, mais sur
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le sage advis de son consel, par lequel sa maiesté
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se conduira du tout en cest affaire. Si semble-t-il
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estre impossible et inevitable que l’ung n’attire
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l’autre puis que ce sont les subgetz du roy qui font
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ceste guerre en Flandres et qui l’ont entreprise eulx
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mesmes qui vont et viennent de leur armée yci ce
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[f° 193] que l’Espagnol prendra assez pour une declaration
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ouverte. Je me suis trouvé en des lieux où l’on se
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dispensoit de dire que luy auroit poinct d’interestz
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au roy quand le roy catholique pren-
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droit quelque advantage sur le marquisat de
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Saluces et Daulphiné et Provence, pourveu que
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le roy se voulut servir et ayder du moyen qu’il a sur
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tous les Pays-Bas. Je n’oys pas patiemment telles reveries.
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Monsieur l’amiral est toujours en ceste ville avec
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quelquez fiebvre terminée. On parle des nopces
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au XXVe de jullet.
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Monsieur, monsieur de Villeroy m’a dict que dès
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l’heure qu’il eust leu votre lettre au roy du XVIe, il
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alla par son commandement dans la chambre où
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se tenoit le conseil pour les finances, parler à
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messieurs du conseil de pourveoir à votre payement, lesquelz
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trouvarent bien estrange le mauvais traictement
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que vous avez receu, luy dirent qu’ilz avoint donné
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assignation pour VIII moys de la présente année et comme
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ilz ordonneroint des autres quatre moys qu’ilz
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regarderont de vous faire assigner pour une partie de voz
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arrerages. Je vous supplie croyre que ie n’ay esté
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négligent à en parler fort souvent à leurs majestés
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et à Monsegneur, mais c’est tousiours une responce
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qu’ilz y feront pourvoir.
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Je ne scay quelle response on vous faict sur la forme
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de faire vivre la gendarmerie ; j’ay fort pressé monsieur
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de Villeroy de vous y faire respondre. il m’appella
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hyer matin, sortant du conseil, et me dict que
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jusques alors, on n’avoit prins autre resolutions, sinon
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de leur faire faire monstre incontinent.
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J’ay veu ung extraict ce soir qu’on dict estre d’une lettre
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du sieur de Mondoucet, agent pour le roy près le duc d’Albe,
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qui porte ce que i’en escris à monsieur le president Truchon
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de la cotte du duc de Medina. Dieu vous conserve
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en très longue vie. A Paris, ce XXVIe juin 1572
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vostre humble serviteur
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[marge gauche : Le capitaine Spilly a faict toutte la diligence
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et aspre solicitation qu’il a peu.]
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